PARIS

Les Yanomami à la Fondation Cartier

18 mars 2020

Cette expo photos dure en principe jusqu’au 10 mai mais qui sait où nous en serons ? Donc petit survol de cette grande exposition consacrée au travail de Claudia Andujar en Amazonie.

Drôle de nom pour une photographe née en Suisse, dans une famille juive protestante vivant en Transylvanie ! Rescapée de la Shoah, Claudia Andujar s’installe au Brésil en 1955.

Amazonie méconnue

Très vite, elle se focalise sur les communautés les plus vulnérables et marginalisées mais ce n’est qu’en 1971 qu’elle rencontre les Yanomami et, de séjour en séjour, noue une relation étroite avec eux jusqu’à leur consacrer 50 ans de sa vie.
On connait les Yanomami grâce au livre de Ettore Biocca, [1], récit autobiographique d’une Brésilienne, Helena Valero, enlevée enfant par les Yanomami, grâce aux ouvrages de Napoléon Chagnon, Américain comme son nom l’indique, dont les thèses ont créé une polémique terrible entre chercheurs. Il les décrivait comme de féroces guerriers [2] et maintenait que, pour les Yanomami, la guerre n’avait d’autre but que de s’emparer de femmes. En France, Jacques Lizot a écrit aussi sur ce peuple mais il y a laissé le souvenir d’un pédophile s’attaquant aux jeunes garçons. L’affaire aurait été étouffée par Claude Lévi-Strauss dont il était l’élève.

Amazonie menacée

En 1970, la dictature militaire décide de construire un vaste réseau routier dans la région. Ces contacts avec l’extérieur sont dévastateurs et Claudia Andujar dénonce les menaces dès 1977. Interdite de séjour, elle s’investit encore plus pour la cause des Yanomami. Elle parcourt le monde aux côtés du leader Davi Kopenawa [3]de pour mener une campagne contre le démembrement des terres et la destruction de ce peuple. En 1992, le territoire Yanomami est reconnu et délimité par un décret présidentiel. Vingt huit ans plus tard, le gouvernement Bolsonaro menace à son tour l’intégrité de ce peuple en encourageant une invasion massive d’orpailleurs sur leurs terres.

300 photographies

L’exposition de Claudia Andujar à la Fondation Cartier présente 300 photographies et des dessins réalisés par des artistes Yanomami. Une partie sont des tirages en noir et blanc, dans la lumière naturelle des yano, maisons collectives. Il s’agit de portraits d’une grande pureté ou de reahu, cérémonies faites de chants, de danses et de consommation de poudre d’epena, un hallucinogène puissant. Ces clichés peuvent déranger dans la mesure où ils sont pris alors que les sujets sont en transe totale ou inconscients. Il y a du voyeurisme dans cette intrusion dans leur monde parallèle et dans leur intimité. Autre sujet de gêne, ressentie aussi par Claudia Andujar, les clichés faits pour les médecins venus vacciner, où les patients portent un numéro. Elle rapproche cet écriteau de l’étoile jaune qu’elle avait portée, ainsi que sa famille et ses camarades de classe !

[1Yanoama, publié en 1965

[2Yanomamö : The Fierce People, publié en 1968

[3Co-auteur avec Bruce Albert de La Chute du Ciel. Paroles d’un chaman yanomami, publié en 2010

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