SANTE

Octobre rose : dépistage

13 octobre 2011


Agnès Sorel, par Jean Fouquet

A l’occasion de cet « octobre rose », un colloque très intéressant a réuni au Sénat quelques spécialistes du cancer du sein pour discuter du bien fondé du dépistage systématique à partir de 50 ans comme il est préconisé en France. Compte-rendu de quelques interventions.

Tout d’abord, le Dr Marc Espié de l’hôpital Saint-Louis a tenu à rassurer : non, il n’y a pas plus de cancers du sein chez les jeunes femmes qu’avant, mais ils sont toujours plus frappants. En ce qui concerne le dépistage, il y a principalement trois sortes de cas : le dépistage individuel, demandé par le médecin traitant ou le gynécologue ; le dépistage qui peut commencer très jeune dans une population à risque génétique ; et finalement le dépistage de masse organisé par l’état pour les femmes à partir de 50 ans.

A quel âge ?

Si certains pays préconisent le dépistage de masse à partir de 40 ans, le Pr Jean-Paul Moatti, économiste de la santé, explique que les Etats-Unis s’opposent à une telle mesure car « le bénéfice net n’est pas suffisant ». Cette formule un peu rude signifie surtout qu’il n’y a pas assez de cancer du sein dans la tranche des 40-50 ans. De plus, il existe un vrai problème de fiabilité chez les plus jeunes femmes. La « densité » de leurs seins rend la lecture malaisée avec des risques élevés de « faux positifs ».

Echo, mammo , IRM ?

Question technique, c’est le Dr Anne Tardivon qui donne les caractéristiques de chaque instrument d’imagerie : la mammographie est le seul examen qui a prouvé son efficacité avec une irradiation à dose minimale. L’échographie qui fonctionne avec des ultrasons est intéressante mais dépend de l’opérateur. Ses avantages ? Pas d’irradiation et coût faible. L’IRM est réservée aux femmes à haut risque génétique. Il n’y en a pas partout, c’est cher et il faut injecter un produit de contraste.
En ce qui concerne l’âge idéal, il semble que le risque soit très faible à 40 ans mais que les chiffres pour les 45-50 ans rejoignent ceux des 50-55 ans. Il y aurait un vrai saut entre 40 et 45 ans.

Pourquoi cette défiance ?

Mais alors, si tout le monde est d’accord, et puisque c’est gratuit tous les deux ans à partir de 50 ans, pourquoi les femmes ne se font que très peu dépister ?
Personne n’en a parlé à cette réunion mais globalement toutes les femmes trouvent que cela fait mal [1] et cela fait peur. Comme si parler du cancer du sein allait en faire éclore spontanément dans nos poitrines. Le dépistage est une véritable source d’angoisse même si nous savons toutes que c’est le meilleur moyen d’être soignée à temps, sans séquelle traumatisante. Mais renoncer à l’insouciance c’est aussi admettre que nous ne sommes sans doute pas immortelles !
Certaines s’abritent aussi derrière le risque de cancer radio-induit et il est vrai, note le Dr Catherine Colin, radiologue, que, chez les jeunes femmes dont les seins sont denses, on est obligé de monter les doses de rayons. Or les seins sont les seules organes radio-sensibles, à l’égale de la moelle épinière… donc on évite les mammos sur les femmes trop jeunes.

Le cas des risques génétiques

En résumé, tout le monde avait plus ou moins l’air d’accord pour dire qu’il ne fallait pas se précipiter pour abaisser l’âge du dépistage de masse sauf peut-être de 3 ou 4 ans puisque le cancer du sein avait l’air d’attaquer à partir de 45-47 ans. Mais qu’à partir de cet âge, il ne fallait pas s’y soustraire : les risques existent et le dépistage reste la meilleure des préventions.
Il n’existe qu’une catégorie de femmes qui doivent être suivies dès 20 ans, ce sont celles chez qui a été détecté un gène BRCA1 et/ou BRCA2. Le Pr Dominique Stoppa-Lyonnet de l’Institut Curie insiste sur le risque véritablement beaucoup plus élevé d’avoir un premier cancer du sein, un deuxième cancer de l’autre sein, et un cancer des ovaires. On préconise dans ces cas une surveillance clinique bisannuelle à partir de 20 ans,une surveillance annuelle par imagerie, à partir de 30 ans (mammo ; écho et IRM) et finalement de la chirurgie prophylactique.

Pour en savoir plus :
www.e-cancer.fr
Cancer info service, n° azur 0810 810 821

Sans oublier les comités féminins pour la prévention et le dépistage des cancers.
www.comitesdepistagecancers.fr
federation@comitesdepistagecancers.fr

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