AIR DU TEMPS

Vous avez dit Noël ?

12 décembre 2011

Noël, c’est quoi ? Tous les ans la question se pose, peut-être pas plus aiguë que l’an passé mais elle se pose bel et bien. Foire à la consommation ? Supermarché de bouffe et d’écrans en tous genres ? Une chose semble claire, ce n’est plus la fête des enfants, il n’est qu’à voir les vitrines animées des grands magasins du boulevard Haussmann !

Noël, les pains d’épices, les décorations rouges et vertes, l’odeur des sapins et des marrons grillés sur les trottoirs. Les enfants le nez écrasé contre les vitrines où des petits lapins en peluche cuisaient des gâteaux et des confitures, où des poupées se faisaient belles pour le repas, où des nounours prenaient un petit train pour aller ramasser des pommes de pin et cueillir des branches de houx. Cela brillait, il y avait des guirlandes et des boules, des anges dorés et des chatons musiciens. Les chants de Noël passaient en boucle et tout le monde rentrait avec Mon Beau Sapin dans la tête et les enfants avaient les yeux brillants d’excitation. C’était tellement la fête de la tendresse et de l’amour, de la joie partagée en famille, que même ceux qui ne croyaient pas à la naissance du Christ avaient fini par l’adopter pour l’offrir à leurs enfants.

Kouklitas pour Lolitas

Donc hier, découverte avec Hector des vitrines des Galeries Lafayette et du Printemps. Nous ne pouvons que constater qu’une fois de plus Tim Burton a frappé : les personnages animés sont maigrissimes et leurs grands yeux tragico-implorants n’illuminent pas du tout leurs visages émaciés et crayeux. C’est Noël funèbre, Cosette chez les pré-ados, des silhouettes de mini-rockers avec des vêtements collants et noirs, cocktail de Mick Jagger et Monsieur Jack. Les "Kouklitas" de Rock’N’Mode font la gueule et revisitent, comme disent les journaux qui n’osent pas écrire « massacrent », les chants de Noël. Hector refuse net d’aller voir ça de plus près malgré son amour indéfectible pour les guitares et le piano.

Hypertrophie de l’ego

Nous filons vers le Printemps dans l’espoir d’un peu de douceur dans ce monde brutal. Les vitrines ont été vendues à Chanel, ce qui éloigne quelque peu des treize desserts de Noël provençaux et des bredele alsaciens ! Quant à l’amour du prochain caractéristique de cette période de l’année, il n’existe que si le prochain s’appelle exclusivement Karl ! Karl Lagerfeld, à force de se mettre en scène avec ses cheveux farinés et son catogan, son éventail, ses gants et son accent, devient une sorte de Ken rachitique et hydrocéphale. Omniprésent et insupportable. Ce n’est plus Martine à la ferme, Martine à la mer, Martine en vacances… c’est Karl photographe, Karl grimpe à la tour Eiffel, Karl écrit, Karl fait le beau, Karl s’adore, Karl est d’un narcissisme gênant pour les admirateurs de son talent.

Noël à vendre

Non loin, les devantures recréent l’univers pimpant des mégapoles japonaises, plus Blade Runner que Beatrix Potter. Hector n’a pas été impressionné non plus par le petit pantin démultiplié aux lunettes de soleil et a préféré les animaux empaillés des vitrines de mannequins habillés en Chanel, deux corbeaux ici, une grue couronnée là, un lièvre plus loin…
On imagine que les fillettes de 8-12 ans que Justin Bieber met en transe ont un gros pouvoir d’achat car, visiblement, c’est à elles que s’adressent les grands magasins. Elles sont prêtes à se déguiser en petites femmes pour ressembler à leur maman ou à leurs chanteuses préférées. Le tout est d’une tristesse absolue.

Déprimés, nous nous sommes épargnés les vitrines du Bon Marché qui a oublié le temps où il s’appelait « le magasin de la famille » et présente « des sculptures de papier froissé ou plié ».
Hector est retourné à Orléans où l’attendaient des nounours, un train, des sapins au CC près de la gare : cela sentait le bois et pas le fric !

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